Jeudi Saint : Cardinal Nzapalainga « à la table de Pâques » avec les détenus de la maison centrale de Ngaragba à Bangui

Ce Jeudi Saint 02 avril 2026, alors que l’Eglise célèbre la solennité de l’institution de l’Eucharistie léguée par notre Seigneur Jésus-Christ, au sein de la maison pénitentiaire de Ngaragba à Bangui, Cardinal Nzapalainga réitère sa compassion envers les croyants de différentes confessions religieuses, vivant dans ce lieu de détention. Il préside lui-même la messe au cours de laquelle 23 détenus ont reçu les sacrements de l’initiation chrétienne.

|Par l’équipe de rédaction en ligne

 « Chers frères et sœurs, dans nos villages, lorsque la nuit tombe et que la famille se rassemble autour du repas, les anciens racontent des contes qui retracent l’histoire des peuples, les moments difficiles traversés, et les victoires obtenues. » C’est avec ces mots que le métropolitain de Bangui introduit la commémoration du jour.

La commémoration de l’institution de l’Eucharistie : Premier événement fort du Jeudi Saint.

La cérémonie a regroupé plusieurs pénitentiaires ainsi que de nombreux chrétiens de la fraternité Simon de Cyrène venus des quatre coins de Bangui.

Pour introduire les chrétiens dans le mystère du Jeudi Saint, Son Eminence Dieudonné rappelle que « par amour, Jésus se donne comme nourriture, dans l’Eucharistie. »  Dans la deuxième lecture, Saint Paul nous transmet les paroles identiques de Jésus : « Ceci est mon corps livré pour vous… Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang ». Jésus ne donne pas seulement un enseignement. Il se donne lui-même. L’Eucharistie est le signe que Dieu veut être proche de l’homme jusqu’à la mort. Les paroles prononcées sur le pain et le vin transforment aussi la communauté réunie au « corps du Christ », pour devenir ainsi des enfants de Dieu capables de rendre témoignage de vie en Christ par amour. Comme disait Saint Augustin : « Dieu est devenu notre nourriture pour que nous devenions sa vie. » Dans une prison, l’Eucharistie rappelle quelque chose de très important : personne n’est rejeté par Dieu. Même si la société peut juger et condamner, Dieu continue d’offrir son amour. Nos ancêtres disaient que le cœur d’une mère ne ferme jamais sa porte à son enfant. Ainsi en est-t-il du cœur de Dieu. Dans chaque Eucharistie, Jésus dit à chacun : « Tu es encore digne d’être aimé. »

Lavement des pieds

Le Jeudi Saint est aussi marqué par l’évènement du lavement des pieds. Le pasteur métropolitain insiste sur la signification de ce rite en ces termes : « La grandeur du service. Le lavement des pieds dans l’Évangile nous montre un geste d’amour pour l’humanité : Jésus lave les pieds de ses disciples. » Au temps de Jésus, laver les pieds était la tâche des serviteurs ou des esclaves. Pourtant, Jésus, le Maître, se met à genoux devant ses disciples avant de laver leurs pieds. Ensuite il leur dit : « je vous ai donné un exemple afin que vous fassiez de même. » A la suite du Christ, la vraie grandeur n’est pas dans la domination, mais dans le service. Saint Jean Chrysostome disait : « Celui qui se fait serviteur de son frère devient grand devant Dieu. » Même en prison, nous pouvons, en toute humilité et avec amour, être serviteurs comme Jésus : respecter les autres, aider un compagnon, consoler le prochain qui souffre, refuser la violence, partager mon pain avec celui qui n’a rien, prier pour les autres…  En effet, La main qui aide son frère ne reste jamais vide. Lorsque nous servons les autres, nous retrouvons notre dignité d’homme. Frères et sœurs, le Jeudi Saint nous révèle un Dieu qui libère, un Dieu qui se donne par amour, un Dieu qui se met à genoux pour servir. En Jésus Christ, Dieu ne regarde pas les murs qui nous entourent. Il regarde le cœur qui peut encore s’ouvrir à la lumière. A cet effet, nos ancêtres disaient : « Même si la maison est sombre, il suffit d’une petite lampe pour chasser la nuit. » Aujourd’hui Jésus veut allumer cette lampe dans le cœur de chacun. Il s’agit de la lampe de la miséricorde, de la réconciliation, et d’une vie nouvelle qui peut commencer aujourd’hui.

Par l’intercession de la Vierge Marie, que ce Jeudi Saint nous aide à croire que personne n’est définitivement perdu aux yeux de Dieu et que chacun puisse repartir avec cette certitude : l’amour du Christ est plus fort que toutes les prisons. A conclu son Eminence Dieudonné cardinal NZAPALAINGA, archevêque de Bangui.

La Pâque célèbre la mémoire de l’intervention de Dieu dans l’histoire des hommes

Dans son homélie, Son Eminence Dieudonné évoque tout d’abord l’amour de Dieu pour son peuple comme ce fut le cas pour le peuple d’Israël alors esclave en Egypte. Il poursuit en affirmant que la bonté de Dieu est de toujours ; le monde avec ses vanités passe. Gardons l’humilité.

S’inspirant du récit du livre de l’exode, l’archevêque de Bangui rassure les chrétiens. « Dieu n’oublie pas les siens. A lui le dernier mot. C’est lui qui libère. De notre côté, renonçons aux vieilles habitudes » va-t-il confirmer. Le pasteur métropolitain poursuit, « Dieu ne trompe, ni n’abandonne personne, son amour est à jamais. Par Jésus, il nous a montré la grandeur de son amour, par son fils unique qui s’est livré jusqu’à la mort par amour, il s’est humilié, s’est abaissé jusqu’à laver les pieds de ses disciples. Aimons-nous les uns les autres, l’amour ne fait mal à personne, l’amour va nous unir et nous donner la paix, la joie de vivre ensemble, en enfants de Dieu. »

Il précise la signification de la pâque juive : Dieu qui libère, c’est la mémoire de la Pâque. La première lecture nous ramène à un moment décisif de l’histoire du peuple d’Israël : la sortie d’Égypte. Le peuple était esclave, enfermé dans la domination de Pharaon. Mais Dieu intervient et dit : « Ce jour sera pour vous un mémorial ». La Pâque devient la mémoire de la libération. Dans la Bible, Dieu est toujours le Dieu qui libère les captifs et relève les humiliés. C’est vrai, l’homme peut attacher les mains, mais il ne peut pas attacher l’espérance. Quand un homme est enfermé, son cœur peut encore s’ouvrir à Dieu et à son prochain. Et Dieu peut toujours lui ouvrir un chemin de liberté intérieure.  Car la pire prison n’est pas celle des murs, mais celle qui enferme dans le désespoir, la haine, le refus de changer. Si Dieu ne nous abandonne pas, alors ouvrons-lui notre cœur. Laissons qu’il nous libère et nous donne une nouvelle vie.

L’administration des sacrements : Baptême et confirmation

Un autre moment important de la célébration du Jeudi Saint au sein de la maison pénitentiaire de Ngaragba, a été l’administration du sacrement de baptême à 7 détenus devenus chrétiens et celle de la confirmation à 16 autres qui ont grandi dans la foi chrétienne. Au total 23 enfants de Dieu ont reçu les sacrements entre les mains de son Eminence Dieudonné cardinal NZAPALAINGA.

La cérémonie a pris fin par les différents mots de remerciement, dont l’allocution du régisseur, exprimant sa gratitude infinie au Cardinal qui vient ranimer la foi et l’espérance des détenus. Ensuite au tour du représentant des pénitenciers, pour présenter les difficiles conditions de vie des détenus tout en remerciant les associations chrétiennes et humanitaires qui les assistent périodiquement.

L’évènement a été prolongé par le repas de famille et un concert religieux donné par la chantre Mauricette Guerewakoua.